Le Paris d’autrefois par les gens de maintenant, un endroit charmant, minuscule, où se réfugier un instant et rêver. L’une des serveuses du Bar du Moulin s’habillait avec des couleurs, osait les camaïeux et les associations, les faisait vibrer à chaque mouvement. Tous les jours avant d’aller travailler chez Victoire homme, j’admirais cette femme derrière le bar danser sa vie comme sur une scène de théâtre.
La même fille, vêtue en noir, se rendit à la boutique. Je lui expliquai que Victoire ignorait cette teinte depuis toujours. « C’est pour ma sœur jumelle, me dit-elle. Elle adore les couleurs, je viens lui choisir un cadeau. » Je lui proposai mon foulard préféré et elle repartit avec son paquet cadeau.
Le lendemain, ma cliente était au café à la place de sa sœur. Nous bavardâmes avec Piaf, Dalida et Ferré en fond sonore. Quelques jours plus tard, comme un rayon de soleil, c’est l’autre jumelle qui réapparut avec son cadeau. La conversation s’orienta naturellement vers la sœur : « C’est moi qui l’ai conseillée l’autre jour ! », lui dis-je avec fierté en désignant ce qu’elle portait autour du cou. « Ça, Monsieur ? Je l’ai acheté sur Internet. Je suis fille unique, je ne vois pas de qui vous parlez », fit-elle en haussant les épaules.
Son double ou pas, qui dit mieux ? Je ne le saurai jamais…
La variation, l’art, le mirage. La serveuse revint nous voir à la boutique. Je m’approchai d’elle devant notre mur d’écharpes. Elle méditait à haute voix : « Le seul problème, c’est d’en choisir une… » Un vêtement pour arriver à soi. Pas à l’image de soi. Jouer n’est pas mentir.
Passez-nous voir chez Victoire, c’est sûr, nous avons quelque chose pour vous…
Jom