Le lévrier afghan baissa la tête. Il traversa la rue derrière son maître. Guénola me tira par le bras. « Viens ! Là-bas, tu les a repérés ? »
Le chien sautillait derrière son maître. Il tourna la tête vers nous, si tristement que nous nous figeâmes. « Je n'oublierai jamais, ce que j'ai vu s'enfuir, je n'ai pas de regrets car j'ai des souvenirs en pagaille », chantait Aznavour…
« J’adore les chiens. Celui-là nous a senti ! Tu vois comme il nous regarde ? Ses longs poils se balancent au rythme de ses pas… »
Rafale de vent, sensation d’infini en les regardant, comme s’ils dansaient sur un fil invisible.
« L’hiver dernier, ils étaient deux. Il y avait un autre lévrier. Leur maître leur avait mis des mantelets pour leur tenir chaud, un rouge et un vert. Je me souviens, je me suis précipitée vers eux de façon un peu cavalière pour leur dire combien ils étaient beaux ! »
L’homme tira voluptueusement sur son Havane. Le chien évitait les bouffées de fumée. Ses jappements joyeux avaient le son d’une flûte en harmonie avec la chanson d’Aznavour sur la jeunesse perdue.
« Le tailleur a mesuré le torse de mes chiens et a réajusté mes pulls en cachemire pour eux. Ne reconnaissez-vous pas ces mantelets aux couleurs comme des tubes de peinture ? Vos compliments me touchent, Madame, mais je dois vous les retourner. Ce sont des pulls Victoire, bien sûr, confortables et si beaux !»
Dans la boutique, Guénola se dirigea vers une pile de cardigans rouges. Elle saisit le premier, flamme rouge resplendissante. Depuis la rue, le lévrier dut le voir, réminiscence de l’hiver précédent et se précipita vers nous, haletant.
« À l'époque, on était de joyeux rigolos… » chantait Aznavour faisant résonner ses mots dans la boutique.
Jom